mardi 25 août 2015

Discussion autour de Birdman



Que provoque ce film chez vous?

Affecte-il votre perception de la réalité? de l'art? du théâtre? du cinéma? du travail de l'acteur? Acteur=Comédien?

42 commentaires:

  1. La première chose qui me vient c'est le contraste entre l'entreprise mégalomane de ce film et la simplicité de l'existence humaine. Rester humble dans l'univers. Est-ce que ce film arrive à nous réconcilier avec le moteur que notre Ego représente dans notre vie?

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  2. Tellement d'éléments traversent ce film touffu que j'ai envie de vous inviter à la suite de Rilke à ne parler que de ce que vous aimez dans ce film

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  3. Croyez-vous que les pouvoirs de Riggan/Birdman soient réels? J'aimerais bien savoir ce que vous en pensez! J'aurais plutôt tendance à croire qu'ils sont une illusion créée par le protagoniste. D’ailleurs, cette thèse est appuyée par la scène où le producteur entre dans sa loge lorsqu’il la saccage, puisque dès que cette scène est perçue par les yeux d’un autre personnage (Jake), Riggans semble utiliser ses mains pour détruire et non ses « pouvoirs ». Selon moi, ces phénomènes surnaturels représentent le sentiment de puissance que le rôle de Birdman conférait à Riggan. Sa tentative de remettre sa carrière en marche ne semble pas fonctionner, les seuls moments où il ressent une certaine forme de reconnaissance sont donc ceux où il dépasse sa propre humanité. En étant plus qu'humain, il défie ses insécurités, qui elles sont la représentation même du caractère humain. Malgré le fait qu’il tente de se séparer de son passé, les apparitions de son « alter-ego » lui rappellent la facilité et le confort que lui apportait sa vie d’avant. En fait, le constant combat entre Riggan et Birdman, démontre à quel point il est centré sur lui-même. En tentant de se séparer de son passé dans le star-système, il ne se débarrasse pas du rapport malsain qu’il entretient avec l’opinion publique, il ne fait que remplacer l’auditoire qui l’observe. Ce nouveau public est certes différent, mais toujours aussi présent. L’ego surdimensionné de Riggan n’est nourri que par le regard que les autres portent sur lui. Il est d’ailleurs très intéressant que les réseaux sociaux aient été amenés brièvement dans ce film (youtube, twitter, etc.), car à notre époque moderne, ils sont la représentation même de ce rapport entre l’image que l’on projette vs ce que nous sommes réellement. Le film Birdman est, entre autres, une leçon amplement justifiée sur l’humilité. En bref, je débute par ce commentaire sur ce film très rempli. J’ai d’ailleurs d’autres questionnements à son sujet : Croyez-vous que la fin soit réelle? Pourquoi Riggan s’est-il tiré dans le nez précisément? Comment analysez-vous l’autre titre du film, « L’incroyable vertu de l’ignorance »(qui est aussi le titre de la critique du Times)? Beaucoup de questions suscitées par une œuvre vraiment intéressante!

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    1. Je suis d’accord avec toi sur le fait que les « pouvoirs » de Riggan ne sont en fait que le fruit de son invention et de son « moi » qui cherche a exprimer ses pulsions et caprices en souvenir d’une certaine gloire passée. Je souhaiterais ajouter que je vois là une certaine intériorité dans la recherche de sens, voire spirituelle, si je peux parler ainsi, au cœur même des sentiments humains et qui offre un contraste étrange avec le plan séquence utilisé durant tout le film et qui selon moi, lui donne un aspect assez impersonnel. Intériorité existentielle dans le sens où, comme je le vois, chacun des acteurs traverse une crise soit professionnelle ou personnelle, et tout cela est filmé d’un œil étonnamment froid et distant, et qui donne l’impression que toute l’action se déroule devant un témoin passif, mais qui, encore là, relève toute la simplicité humaine et l’insignifiance de ces remises en question aussi obsédantes puissent-elles être. J’aime bien me représenter ce film comme une énorme satire caricaturale de l’importance que nous nous accordons tous personnellement, notons aussi les multiples allusions aux réseaux sociaux insérées dans le film, et à « l’urgence » de vivre notre vie telle que nous la souhaitons et qui nous prend parfois à certains moments critiques de notre existence, illustrée par ce point mort dans la carrière de Riggan où tout « stagne » dans sa vie : sa relation avec sa fille et celle avec son ex-femme, son absence d’ami ou de quelconque confident, ce qui le pousse à développer une sorte d’autosuffisance, sa carrière d’acteur, etc. Évidement, il y a beaucoup trop de matière à développer et à approfondir, mais j’aimerais savoir ce que vous pensez à propos de la rapidité à laquelle la caméra effectue une capture de l’action à différents endroits pour toujours converger vers Riggan versus la lenteur de cette action qui s’étend sur à peine quelques jours. Un autre aspect qu’il serait intéressant d’aborder est jusqu’à quel point et sur quels aspects l’acteur et son personnage sont-ils liés? Et comment ces acteurs arrivent-ils à jouer ce personnage qui, d’une façon ou d’un autre, est lié à eux-mêmes?

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    2. J'ai envie de te dire qu'ils sont réels, pour moi. Son pouvoir créatif est réel, comme la voix très grave de Birdman est le fruit d'une modification de la voix de Keaton. Il y a un travail de l'acteur sur sa voix qui doit être complété par celui de l'ingénieur du son. C'est intéressant de préciser que c'est le cas dans la version originale anglaise du film. Dans la traduction québécoise, j'ai l'impression qu'on a pris 2 acteurs différents. Cette impression est à vérifier

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    3. La réalité des pouvoirs de Keaton sont surtout dans son imaginaire mais ces derniers finissent par avoir un effet dans une réalité que je qualifierais de moins subjective.

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    4. Je ne crois pas que Riggan voulait spécifiquement se tirer dans ‘’le nez’’. Selon moi, il ne voulait pas se manquer. D’ailleurs, au début du film, on a le droit à un clin d’œil face à la finale du film. En effet, pendant la répétition de leur pièce de théâtre, le personnage de Naomi Watts entretient une conversation à propos d’amour et comment l’homme qui l’aimait a tenté de se suicider en s’affligeant un coup de pistolet, mais se manque. C’est exactement ce qui arrive au personnage de Riggan vers la fin du film. De plus, à quelques reprises dans le film, Riggan évoque d’anciennes tentatives de suicide, ce qui expliquerait qu’il a réellement voulu en finir sur scène. Ironiquement, je trouve que sa blessure par balle le fait ressembler davantage à son personnage de Birdman. J’aime croire que cela signifie qu’il est tout près de son but. Au long du film, Riggan tente de renouer avec la gloire que lui a procuré la production de Birdman, tant qu’on croirait qu’il veut se libérer de sa vie présente et ne faire qu’un avec son Birdman intérieur, avec son succès passé. Selon mon interprétation, la scène finale du film représente la mort de Riggan. Avec sa fille regardant vers le ciel, on peut interpréter que Riggan a finalement eu ce qu’il désirait.

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    5. Pour répondre à ta question, Alicia, je crois que pour arriver à ce résultat chez les acteurs, ont doit s'écouter. Jouer un double rôle, ou une double personnalité, que ce soit par le même acteur ou non, chacun doit porter attention à l'autre et s'investir complètement dans son mental. C'est en quelque sorte sortir de son corps pour te transporter vers le toi qui à toujours été enfuit à l'intérieur de soi. On a tous ce petit côté «sauvage» et impulsif qu'on aimerais exploiter. Cependant, la société et le jugement nous rendent censés. Donc, je crois que l'acteur de Birdman a eu une opportunité incroyable de pouvoir sortir de lui, pour se réinventer. D'une façon ou d'une autre, tout ce que l'on fait est relié à nous. C'est la même chose des acteurs ici. Leur vécu a certainement dû les aider pour leurs interprétations magnifiques ! Pour ce qui est des pouvoirs, il est sur que c'est dans l'imaginaire de Riggan, mais les doutes restent dans notre tête, à cause de la scène finale. Son imaginaire est tellement puissant que ça semble réel!

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    6. Je suis d’accord avec toi sur le fait qu’il serait absolument très intéressant de répondre à la question suivante : Jusqu’à quel point et sur quels aspects l’acteur et son personnage sont-ils liés ? Selon moi, après le visionnement du film d’Alexandro González Iñárritu, j’ai trouvé que Riggan, ainsi que le personnage qu’il a interprété dans les années 90, étaient extrême, à un point tel que cela pouvait perturber les spectateurs. Riggan n’est absolument pas capable de se défaire de Birdman, son ancien personnage. En effet, lorsqu’un l’auteur d’un film crée un personnage, il essaie le plus possible que ce dernier ressemble tout de même un peu à l’acteur qui l’interprètera même s’il est évident que le personnage n’est pas réel, mais plutôt fictif. Cette invention finit donc par se rapprocher de plus en plus de l’acteur. Dans le film, on a l’impression que Birdman vit dans le corps de Riggan. La personnalité et les actions de Birdman deviennent celle de son acteur. C’est d’ailleurs pour ça qu’il a des pouvoirs, ou qu’il croit en avoir. À mon avis, c’est le danger d’interprété un personnage dans le monde de la scène et du cinéma; le personnage de Birdman n’est plus une simple partie de Riggan, mais c’est Riggan qui devient une infime partie de Birdman.

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    7. Il y a tellement des raisonnements possibles sur comment interpréter le film Birdman... personnellement, je crois que les films, en général, sont créés pour laisser l'individu qui le regarde, une certaine liberté d'en faire ce qu'il veut dans sa tête. La réflexion qui suit dépend de chacun.

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  4. ... J'ai pris beaucoup de temps avant de pouvoir me prononcer au sujet de ce film. Je dois spécifier que j'ai été émotionnellement brassé par la façon de filmer les scènes, par les plans de filmage, par le jeu des acteurs et par le déroulement de l'histoire, comme par sa fin. Sur ce, je vais me concentrer sur une très courte séquence du film.

    Après plusieurs des circonstances tragiques vécus par Riggan, celui-ci est à son état le plus malheureux. C'est son climax émotionnel et Birdman (son "égo"), pour le rendre plus tristre, lui dit:
    "Tu n'es rien. Tu n'es qu'un trou du cul."
    Je le concède: ça ne semble pas être une exemple appropriée. Mais, par l'accumulation des regrets et des échecs autant professionnels que personnels de Riggan, on peut clairement sentir qu'il ne peut plus résister longtemps à toute la pression de sa réputation et de sa renommée. De plus, il a raté une période de la vie de sa fille, et il a négligé son temps de qualité avec sa femme, résultant en un "divorce". Les émotions exprimées par l'acteur du personnage de Riggan à ce moment (peur, impuissance, tristesse, détresse, déception, regrets) sont d'une telle intensité que, quelques minutes après la fin du film, je voulais presque pleurer. Pour s'ajouter en feedback de cette séquence, j'écoutais des élèves parler de leur initiative pour commencer leur carrière de comédienne. J'avais alors compris que je ne savais que faire de ma vie, ayant comme Riggan un grand potentiel, mais étant indécis sur mon avenir. Imaginez une personne qui revoit ses meilleurs et ses pires coups de son passé qui, subitement, risquent de ne plus prendre de sens...

    L'instabilité de l'avenir de n'importe quel artiste, que ce soit aux arts de la scène, aux arts cinématographiques, aux arts picturaux, aux arts photographiques, etc. est très bien représenté à son apothéose émotionnel. L'histoire des personnages secondaires touchent aussi, mais servent d'avantage à des poids lourds autour de Riggan.

    Pour ce qui est de la fin de l'histoire, je ne sais quoi dire à ce sujet: ça me fait réagir, sans aucun doute, mais que dire précisément, je n'en suis pas sûr. Je peux élaborer une théorie sur ce que la fille de Riggan a vu, c'est sûr, et c'est probablement la cerise sur le gâteau! Si en se jetant dans les airs, Riggan s'est transformé en Birdman? Probablement que la réaction intense de la fille de Riggan est dû à cela! Évidemment, cela changerait le sens de toute l'histoire, car l'égo aurait emporté sur Riggan! Peut-être que cet égo s'est raviser de moraliser Riggan et à décidé de l'écouter pour une fois! Toute cette souffrance, toute cette remise en question seraient en fait le sacrifice pour que Riggan s'accepte comme il est et donc, Birdman révèle vraiment qui il est: Riggan lui-même!
    J'ai une autre théorie liée à celle-ci: Birdman est Riggan lors de ses succès à Hollywood, une version figée qui aura besoin de voir Riggan risquer sa vie afin de changer. Bref, lorsque Riggan s'est tiré sur le nez, il a fait faire un saut à Birdman, il l'a surpris. Probablement que c'est l'événement déclencheur, mais comme on dit, ça reste une théorie comme une autre...
    Bref, plus il y a de théories à faire, plus on rit!!!

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    1. J'aimerais reprendre ce que tu as soulevé dans ton dernier paragraphe quant à ta théorie sur la transformation de Riggan; dans Fight Club, un autre film dans lequel Edward Norton jouait, le personnage de Norton expérimente une «near-death experience» qui le fait prendre conscience de sa personne de façon très brève et brusque suite à un choc important, soit sa presque mort provoquée par son subconscient, son alter-ego. J’y vois une ressemblance frappante avec Birdman justement parce que Riggan se tire sur scène à cause de son conflit intérieur avec Birdman et son ancienne gloire et que c’est après cette «expérience» qu’il «prend son envol» et qui se réconcilie intérieurement avec son autre «moi»… À mon avis, Riggan n’est pas mort, mais il «renaît», plutôt, spirituellement et professionnellement, suite à la critique du Times.

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    2. Je trouve que tu soulèves de très bon points, mais je ne suis pas certaine que la fin soit réelle, tout simplement parce que le plan séquence s'arrête lorsqu'il se tire dessus. Le réalisateur l'a dit lui-même: ce plan en continu représente la vie, qui ne s'arrête jamais.Cette dernière scène à l'hôpital me semble trop parfaite, car Riggan y obtient tout ce qu'il désire: la reconnaissance des critiques, de sa fille, de sa femme, etc. On dirait plutôt un fantasme que la réalité. Le moment où sa fille le voit voler est aussi très crucial, puisque c'est le seul moment où un autre personnage semble prendre conscience de ses pouvoirs. Or, ces pouvoirs ne sont pas réels, cela me semble donc symboliser le moment où elle le comprend enfin (seulement lorsqu'il est mort). Mais bon, de nombreuses interprétations sont possibles et c'est ce qui rend ce film aussi intéressant.

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    3. Je crois que la dernière scène est une symbolique de l'oiseau qui s'envole, qui migre pour un monde meilleur. C'est Riggan qui monte au ciel. Je suis d'accord avec Gabrielle sur le fait que cette scène est le moment où sa fille le comprend finalement. C'est le pardon de ses proches et la naissance d'un monde sans souffrances, plus clair. D'après moi, il est mort, mais les nombreuses interprétations nous laissent encore une fois dans le doute, à savoir ce qu'il s'est réellement passé. C'est le seul moment du film où nous ne sommes pas témoin de sa vie. Les points apportés par Alicia sèment un questionnement... Qu'elles étaient ses intentions face à ce geste ? Est-ce vraiment la symbolique de la mort? Ou comme démontré ci-haut, il s'agit d'un suicide professionnel ou spirituel ?

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  5. Le film de Birdman peut être interprété comme une forme de crise existentielle de la part de Reggan. Ce dernier est prisonnier entre plusieurs personnalité, celle de Birdman, celle du père de famille, et celle de lui-même, Reggan. Birdman est une partie très importante de sa personnalité car c’est celui-ci qui le pousse vers la recherche de la reconnaissance, cette personnalité d’une gloire perdue. Je crois que Birdman est peut-être comme une forme de souvenir pour Reggan, donc qu’il n’existerait pas vraiment. Il est la personnalité dominante de Reggan car c’est elle qui le pousse dans ses agissements la plupart du temps dans le film. Reggan quant à lui, est un homme ordinaire ayant déjà été beau et fort, mais maintenant un vétéran de la gloire. Il est comme une ombre de lui-même, celui qu’il était avant Birdman, impuissant face aux situations. Il a envie de se rebeller contre Birdman, mais ce dernier lui enlève toute sorte de soulèvement en lui chuchotant des insultes à l’oreille « tu n’es rien ». Cette presse de la reconnaissance de Reggan, alias Birdman, amène un climat d’inconfort pour les auditeurs, ce climat qui est souligné aussi par le fameux plan séquence. On n’a jamais l’impression que quoi que ce soit s’arrête, c’est rapide, stressant et un peu étourdissant. C’est l’intérieur de Reggan qui est démontré par ce climat. Ce film montre une nature de l’humanité dont on aime nier l’existence; celle de la recherche de la reconnaissance. Chaque humain est dans une quête de la reconnaissance, elle peut se faire sous plusieurs formes, comme une bonne note à l’école, un encouragement, une félicitation. L’envie de grader dans les échelons est une forme de reconnaissance. C’est la nature même de la vie en société. Reggan pense qu’en ayant perdu une sorte d’auditoire, il faut absolument en trouver une autre, on peut aussi appeler cela le rêve américain, dont Birdman est la représentation. Et c’est dans cette perte de la gloire et de la reconnaissance que l’on trouve Reggan tout au long du film. Donc le film est aussi une représentation d’une crise existentielle, la recherche de qui nous sommes, la mélancolie du passé glorieux, la peur d’un avenir morne.

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    1. Point de vue fascinant, Karyne, synthétique et senti qui résonne chez moi avec une question fondamentale: pourquoi est-ce que la majorité d'entre nous avons ce besoin de redorer notre image, de développer notre confiance. De grâce si vous avez une réponse, publiez-la!

      Cette question traverse Birdman mais je n'ai pas encore trouvé une réponse dans le film...

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    2. Je suis entièrement d'accord. On se pose surement toute cette question qui devrait être classée d'existentielle! Le monde est rempli d'opinions et d'idéaux, et je crois que nous essayons trop de les contentés. Nous avons une pression énorme sur nos épaules, encouragé par la société, comme le dit Karyne. On cherche constamment à combler nos pertes, de peur de vivre dans le vide.

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    3. Je crois que nous avons besoin de "redorer notre image" car nous recherchons toujours une certaine forme de validation et notre propre validation ne nous suffit pas, car notre existence n'est validée majoritairement que par le regard d'autrui. L'être humain est incapable de tout simplement "être". Son état doit servir un but.

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  6. Le film est une fiction ancrée dans le réel qui s’amuse à jouer entre réalité et fiction à l’aide de nombreuses mises en abyme. Une première insertion de vérité se trouve dans le choix d’acteurs : comme mentionné dans le making of, Keaton a besoin d’un « comeback » avec le film, comme son personnage Riggan avec sa pièce de théâtre. Dans un même esprit d’autodérision, Edward Norton (Mike) est reconnu pour être dérangeant sur les plateaux de tournage, comme son personnage. Ensuite, le film place dès ses premières minutes le doute dans notre tête face à ce qui est réel et ce qui ne l’est pas. Bien sûr, il y a les pouvoirs de lévitation et de télékinésie de Riggan, que je considère aussi comme une création de son alter ego. Notre cerveau se prépare alors : ce film est ancré dans la réalité, mais reste fiction, il faut savoir déceler le vrai du faux. Je trouve audacieux d’insérer un élément paranormal aussi flagrant dans un film autrement si proche de la vérité de la vie d’acteur.

    Outre les pouvoirs, je trouve que le film nous rappelle que le jeu d’acteur est un mensonge avec la mise en abyme de la pièce de théâtre dans le film. Au début du film, quand Riggan dirige ses acteurs et joue un personnage en même temps, il est difficile de distinguer le texte du film et le texte de la pièce. Cette confusion est volontaire et le fait de voir des acteurs jouer des acteurs qui jouent des personnages nous fait réaliser qu’au fond, tout est faux. Tout n’est que du jeu. « Regardez, je peux même ajouter des objets qui volent dans les airs », semble nous dire indirectement le réalisateur pour nous narguer. Vous regardez une fiction. Ce n’est pas mon unique interprétation des pouvoirs, bien entendu, mais à me demander si c’était vrai ou faux, je n’ai pu m’empêcher de penser « tout est faux. Ce sont des acteurs. Ce sont des effets spéciaux. »

    Cette mise en abyme m’a rappelé continuellement que je regardais des acteurs à l’œuvre, rendant la crise existentielle de Riggan d’autant plus réaliste. Lorsqu’il parlait à la critique, lui reprochant de le détruire, lui qui prend des risques, alors qu’elle ne met rien en jeu, on pouvait calquer cette situation à la réception du film lui-même par les critiques. Si les critiques avaient mal reçu le film, la mise en abyme aurait été d’autant plus forte, puisque Michael Keaton aurait pu, comme Riggan, se remettre en question et ressentir un puissant mal de vivre face au manque de reconnaissance de son travail. Même pour quelqu’un qui n’a pas l’ego démesuré de Riggan, le métier d’acteur en est un de reconnaissance et d’image. Sans le public, le métier d’acteur perd tout sens.

    Michael Keaton joue un acteur désillusionné, puisqu’une partie de lui-même ne croit plus au talent et souhaite seulement être riche et célèbre. L’acteur joue alors une critique de son propre métier, qui peut vite devenir contingent aux yeux de celui qui le pratique. Lorsque Riggan se tire une balle dans le nez, son producteur est aux anges. Il lui répète qu’il sera une légende, qu’il fera enfin de l’argent. C’est selon moi l’apogée du culte de l’image dans le métier d’acteur. Riggan n’est pas pour son producteur une personne pour qui il s’inquiète; il est le bibelot souriant qu’il affiche dans sa vitrine, essayant d’en retirer le meilleur prix. C’est la face sombre, mais bien réelle du métier d’acteur, lorsqu’il n’a plus aucun lien avec l’art.

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    1. Intéressant de soulever ce rapport oublié avec l'art. Dans le making of, celui compris dans le DVD, le réalisateur exhorte l'ensemble de l'équipe en disant qu'il est prêt à donner sa vie pour ce film et qu'il attend le même engagement de tous.
      est-ce que cette dimension échappe à Riggan ou elle lui sauve la vie?

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  7. Pourquoi vivre une vie ordinaire quand on peut vivre l’extraordinaire ? Birdman nous plonge dans un monde décousus et désinvolte. La cinématographie et l’histoire dont mis à toute épreuve dans ce film brillant!

    J’aimerais d’abord parler de l’aspect cinématographique que certain semblent oublié lors d’une critique de film, mais qui est très important pour l’ensemble de l’œuvre. Pour favoriser les talents des acteurs, toute une équipe ingénieuse discute des différentes façons de rendre le film intéressant tout en favorisant le jeu des comédiens. Lorsqu’un film n’est pas tourné dans les «standards», nos yeux ont tendances à rester concentré sur cette différence. Par contre, dans Birdman, j’ai fini par complètement oublié que le film était presque entièrement tourné en plan séquence. Je trouve cette technique d’une ingéniosité qui permet de ne rien manquer des décors et des personnages, tout en restant accroché à l’histoire. J’ai resté sensible à tous les éléments du film, car j’évalue un film par le temps qu’on lui accorde. Birdman est certainement une œuvre très intéressante pour les gourmands de cinéma, qui comme moi, aime porter attention aux détails (pas seulement aux acteurs).

    Contrairement à ce que plusieurs affirment ici, ce qui m’a le plus marqué de ce film, c’est la vie des gens «célèbres» en dehors de leur travail. En plus des plans bien pensés, la vie extérieure est amenée d’une manière intelligente, mais radicale. Dès la première scène, j’ai remarqué que Riggan n’avait pas l’air d’un homme aisé dû à son accoutrement et au décor qui l’entourait. Sa grande loge sombre et sale laisse paraître la difficulté qu’apporte parfois le métier de comédien, mais dont personne ne semble se soucier. D’ailleurs, on voit un écart marqué entre Riggan et Mike, qui lui semble avoir plus de facilité, car il demande un bon salaire. Sans parler seulement de chiffres, Riggan est caché par un masque forgé par la célébrité, ce qui fait de lui une personne vulnérable. Lorsque l’on a une vision extérieure du métier, ça semble facile d’appartenir au monde du spectacle et du cinéma. Cependant, le film nous démontre, au contraire, à quel point les embûches sont nombreuses. Toute cette mascarade est dure à gérer. Outre les problèmes d’argent, des problèmes personnels surviennent (comme ici entre Riggan et sa fille), des problèmes physiques ainsi que des problèmes d’ordre psychologiques (Riggan tente de se suicider en direct). J’ai vraiment accroché à cette partie, parce que je me sentais interpellé par son personnage. Lorsque qu’on y pense, plusieurs d’entre nous veulent se diriger vers une carrière semblable. Mais avons-nous vraiment réfléchit aux conséquences et au travail qu’on devra faire pour arriver en vivre de ce métier ?

    Pleins de questions et d’inquiétudes tournent autour de ce film. La clarté est tellement mystérieuse qu’on ne sait plus où donner de la tête! Bref, ce film aura fort probablement su garder l’imaginaire en vie et l’univers captivant. Que pensez-vous de l’intégration du monde du cinéma au théâtre ? Est-ce une nouvelle forme d’art que nous pourrions exploiter allègrement ?

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    1. L’utilisation de plans séquences rend le film deux fois plus intéressant. On dirait qu'on se retrouve dans la bulle du personnage et qu'on ressent plus l'émotion évoqué par celui-ci. Il est vrai qu'au début on fait le saut, car on n'est pas habitué à ce type de plan, mais plus le film avance, plus on embarque dans celui-ci et on a l'impression d'y être également. De plus, les plans séquences donnent une sorte d’urgence, ce qui se colle bien au film. Dû moins, c’est mon opinion personnel. J'ai adoré le côté cinématographique de Birdman, je l'ai trouvé très ingénieux.

      Vrai, les embûches sont difficiles et nombreuses dans ce domaine. Plusieurs d’entre nous dans le programme d’Arts et Lettres veulent percer dans le théâtre ou le cinéma et grâce à ce film nous avons pris conscience que la vie n’est pas rose. Certes, il est plaisant de penser qu’il s’agit d’un ‘’travail’’ amusant, mais les difficultés qui viennent avec nous effraient.

      Belle réflexion sur le sujet Nomiiie ;)

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    2. Ce qui est intéressant avec le film Birdman est le fait qu’il peut résulter à plusieurs sujets de questionnement. On peut avoir plusieurs opinions différentes sur la manière dont le film est composé et le message qu’il envoie. Tous les éléments qui constituent ce film peuvent être interprétés de plusieurs façons dépendamment du point de vue et de l’opinion de la personne qui le regarde. Bref, les questionnements face à ce film sont nombreux et engendrent plusieurs entrées.

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    3. C'est vrai que les plans séquences donnent une impression de rapidité, d'urgence. C'est un point que j'ai oublié d'aborder, merci de l'avoir souligné Jess! C'est vrai que ça nous effraie, mais on ne doit pas se laisser abattre par la peur, car autrement notre vie se résumerait à rester chez nous et ne rien faire! On doit foncer et combattre cette peur. Il y a toujours une solution!

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  8. Le second titre de Birdman, soit « L’incroyable vertu de l’ignorance », reflète ce que pense la critique à propos de Riggan. La critique du Times, Tabitha, est une femme versée dans l’art de la scène et du théâtre. Pour elle, un acteur d’Hollywood n’ayant jamais été sur les planches ne peut pas se proclamer comédien, mais célébrité seulement. Les acteurs du théâtre de New York ont besoin de pratique et de concentration et ne peuvent pas être adorés de la critique du jour au lendemain. Autrement, ils ne sont que des amateurs. C’est d’ailleurs ce qu’elle pense de Riggan : il n’est qu’un visage d’Hollywood et il est un ignorant de tout ce qui concerne le « vrai » théâtre. Pourtant, sa pièce l’a surprise : Riggan est allé là où elle n’aurait jamais osé se rendre. Elle affirme qu’il vient de créer une nouvelle forme de théâtre, soit le « super-réalisme », en se tirant dans le nez avec un vrai fusil. C’est là où repose le seconde titre du film ainsi que le titre de la critique : Riggan ignore ce qu’est le vrai théâtre et, pourtant, créer une pièce incroyable sur une scène où il manquait de sang. L’incroyable vertu de l’ignorance, c’est qu’il ait été capable de la surpasser grâce à ce qu’il ne savait pas du théâtre.
    Pour ce qui est de la fin, je ne crois pas qu’elle soit réelle à proprement dit. À mon avis, c’est une représentation de sa victoire dans plusieurs domaines. Sa relation avec sa fille n’est plus froide comme elle l’a toujours été, sa pièce est un succès, il s’est sorti du confort que lui apportait Birdman et son passé… Bref, il est passé d’un être misérable et méprisé par tous pour devenir un véritable acteur. S’envoler peut vouloir dire que Riggan est enfin libéré de ses craintes. Une autre théorie à propos de la fin pourrait être que Sam voit son père mort sur le sol et qu’elle sourit en pensant que son père sera mort en emportant avec lui la célébrité et la renommée qu’il souhaitait tant obtenir de son public et des critiques. Pour lui, se tuer peut lui amener la gloire suprême, une gloire posthume, qu’il ne pourra plus détruire s’il est mort. De plus, le fait de mourir le sort de son tourment, de sa recherche de gloire centré sur lui-même. Selon moi, quand Sam regarde vers le ciel, c’est un signe qu’elle sait ce qu’il fait et qu’elle comprend.
    Bref, ces deux aspects du film peuvent être analysés de différente façon et j’aimerais bien savoir ce que vous en pensez.

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    1. C'est intéressant de ramener le personnage de Tabitha, car même s'il s'agit d'un personnage secondaire, elle est importante dans l'histoire. C'est grâce à elle que Riggan décide de se surpasser lors de la première représentation. Il veut lui montrer qu'il est capable. Il l'a prit comme un défi et c'est ce qui lui vaut les acclamations des critiques et du public par la suite. L'orgueil est présent chez plusieurs d'entre nous, donc il est facile de se rattacher à lui par cette action!

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    2. Le personnage principal pourrait en s'enlevant la vie sur scène, répondre entièrement aux attentes du metteur en scène mais alors, pourquoi cette ambiguïté? Pourquoi laisser le spectateur dans le doute, dans la plus pure possibilité?

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  9. ‘’Birdman’’ est un film qui possède un génie incroyable dans sa réalisation et son message. Il illustre le parcours de Riggan vers la recherche de la gloire. Comme chaque être humain, nous voulons tous et toutes réussir dans l’industrie du théâtre et du cinéma et il est difficile et parfois impossible de faire parler de nous dans les journaux et de posséder une place où les gens se souviendront de nous. Dès le début du film, on constate que le théâtre n’est pas un domaine facile et qui possède de nombreux côtés néfastes. On remarque également qu’il est difficile de s’exposer au grand public et de plaire. Les critiques peuvent soit nous donner une tape dans le dos et nous faire avancer sur notre carrière ou soit nous démolir avec de simples mots désastreux. Dû aux points négatifs et au mode de vie qui accompagnent l’industrie du théâtre, la situation de Riggan, représente très bien la misère humaine et les crises existentielles qu’un être peut subir. La recherche de devenir quelqu’un dans ce monde obsède sans cesse le personnage principal et l’amène à une crise avec face à lui-même et son entourage. L’importance de la critique l’obsède et il ne pense qu’à ça. Il est bien beau de vouloir faire à sa tête, mais ce n’est pas comme ça que ça fonctionne en vrai. Si les gens n’aiment pas ton travail, il est difficile de persévérer. Il est vrai qu’on ne peut avoir l’approbation de tous, mais plaire à la majorité et mériter sa place dans l’industrie témoigne d’une grande difficulté. Niant et critiquant le cinéma et ses valeurs qui l’ont pourtant rendu célèbre auparavant, Riggan recherche tout de même la même chose; la gloire. Le fait de posséder un nom important face aux autres l’amène à confronter tout ce qui se trouve dans sa vie, même les gens qui lui sont le plus cher. Sa propre gloire compte plus à ses yeux que n’importe quoi d’autre. Cela fait, en parti, de lui un être narcissique. De plus, son ego, qui provient tout droit de son personnage de Birdman dans les films qui l’ont rendu célèbre, ne fait que l’engager dans cette situation. Son ego est toujours présent et prend la forme du personnage de Birdman, tout au long du film, pour lui rappeler l’importance du succès. De plus, son ego représente non seulement sa volonté du succès, mais représente aussi son passé. Le passé est un élément très important dans la vie d’une personne puisqu’il est un facteur contribuant au présent et possiblement au futur. Le passé de Riggan vient le hanter sans cesse et il est difficile d’échapper aux regrets et/ou aux gloires précédentes.

    En tant qu’être humain, on veut donner un sens à notre vie, on veut exister et avoir de l’importance. Le film que nous avons visionné illustre un portrait global des difficultés qu’un être peut surmonter dans les domaines artistiques et, plus généralement, mais indirectement, sur la condition de l’être humain. Nous voulons tous réussir dans la vie et la question suivante nous reste tous dans la tête : Que ferons-nous si nous échouons?

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    1. J'ai tendance à croire que l'échec nous fait. Quand on évite de se fixer des objectifs, quand on ne se met pas en situation de danger ou d'usure, nous fuyons cette création de nous-même. Riggan Thompson est loin d'être un modèle de vertu mais on ne peut l'accuser de manquer de se mettre en situation de création.

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    2. Que ferons-nous si nous échouons? Nous pourrions nous reprendre de la même manière en nous fortifiant petit à petit, ou alors en adoptant un angle différent.
      Nous pourrions aussi carrément faire autre chose pour vivre ou fuir, tout est question de point de vue.

      Comment réagissons-nous face à la peur? C'est la question qui surgit au terme de cette réflexion que tu nous as lancée.

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  10. J'accroche particulièrement au passage où tu décris la nouveauté que Riggan apporte dans le milieu du théâtre, et cela n'est pas sans rappeler la question soulevée par Noémie soit: «Est-ce une nouvelle forme d’art que nous pourrions exploiter allègrement ?» en parlant de super-réalisme. Jusque-là, je n'avais aucune idée de ce que «L'incroyable vertu de l'ignorance» pouvait signifier, mais je suis tout à fait en accord avec le fait que tant d'émotions réelles sur scène peuvent faire sortir les acteurs de leurs personnages et ajouter une dimension d'autant plus singulière à la pièce qui décrivait déjà quelque chose de terrible en soit. Je pense entre autre à Naomi Watts qui vivait sa première expérience sur les planches à l’écran, paradoxe étrange entre deux milieux que tout oppose, et qui a du faire passer sa crise personnelle au plan professionnel sans entacher son jeu. Le fait de se surpasser est une part très importante du film et en cherchant la même gloire qu’autrefois, Riggan a su donner une dimension plus grande, sinon légendaire, à sa qualité d’acteur, même si pour cela, il signifiait de se donner la «mort», ou plutôt, de mettre à mort ce personnage qui hantait sa vie et l’image que le public avait de lui.

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  11. Avez-vous remarqué que dans le premier plan séquence du film, quand Riggan entre sur la scène et va s’asseoir avec ses acteurs, il est difficile de comprendre si ce qu’il dit fait partie des répliques de sa pièce ou des répliques de Michael Keaton? Le ton qu’il utilise est le même et c’est intéressant, car cela montre que les acteurs font face à un mur entre le fictif et le réel et ce à deux degrés. Premièrement, Micheal Keaton qui joue le rôle de Riggan et deuxièmement, Riggan qui joue le rôle dans la pièce de théâtre. Il est donc difficile de trouver la frontière entre le fictif et le réel.

    Les plans séquences donnent l’impression que la caméra est elle aussi un personnage, le spectateur. Alejandro González Iñárritu affirme dans une entrevue qu’il n’y a aucune coupure pour pouvoir imiter l’œil humain, personne ne change de point de vue et d’angle en clignant des yeux, «notre vie est un plan séquence ». Ça rajoute de la force aux sentiments de faire comme si la caméra était une personne elle aussi, faisant partie du film. Le jeu de caméra crée alors un autre mur, ou plutôt une fenêtre que le spectateur peut regarder, mais ne peut traverser. Cette « fenêtre » rend le jeu des acteurs plus réel.

    J’aimerais rajouter qu’à plusieurs reprises (entre autre dans la loge de Riggan) la caméra film directement dans un miroir, mais nous ne pouvons pas la voir, il n’y a que la pièce. Les réalisateurs auraient simplement pu décider de filmer avec un angle pour ne pas voir la caméra, mais ils se sont donnés la peine et la misère de se placer dans le champ de vision du reflet. Il est clair que ce plan est cadré spécialement pour nous montrer que, malgré tout l’effort mis pour filmer en séquence, donner l’impression d’être dans le film, le personnage que la caméra est supposée créer n’est pas réel. C’est pourquoi cela est tant surprenant, lorsque la caméra s’est placée devant le miroir, je n’ai pas immédiatement pris conscience qu’il n’y avait pas de reflet, mais j’ai eu une sensation d’étourdissement et c’est seulement à ce moment que je m’en suis rendu compte. J’étais tellement absorbé par le film avec cette sensation d’être un personnage que lorsque je ne pas vu «mon» reflet j’ai senti qu’il y avait quelque chose qui ne marchait pas. Je me sentais réel alors que je n’étais que fictif, un fantôme entre ces murs et ces fenêtres. Bon, suffit le «je», ce film est magnifique.

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    1. Tu soulèves une piste intéressante qui mérite d'être poursuivie. La réflexion ne fait que commencer.

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  12. Le film Birdman m’amène à me questionner sur la différence entre la fiction et le réel, le jeu et la vérité. Une pâle frontière sépare ses éléments dans Birdman et il arrive fréquemment que le fictif vient se mêler au réel, et vice versa.

    Dès les toutes premières secondes du film, nous voyons Riggan flotter devant la fenêtre de sa loge. Puisque cette image est la première du film, nous avons tendance à la prendre pour acquise, comme si ce pouvoir de lévitation faisait partie de la réalité du film. Au fur et à mesure que l’histoire évolue, nous comprenons que ce pouvoir est le fruit de l’imagination de Riggan, les restes d’un personnage qui vient hanter sa réalité personnelle.

    Ce premier niveau de conscience laisse ensuite place à la vie concrète de Riggan Thomson à travers laquelle l’homme évolue. Entre ses relations délicates avec son ex-femme et sa fille, Riggan produit une pièce de théâtre qu’il veut se rapprochant le plus possible de la réalité. Les décors, accessoires, et jeux des acteurs sont tous enclin à améliorer la «réalité» d’une scène. Par exemple, la réaction spontanée de Riggan sur les planches lorsqu’il réalise que Mike essaie de réellement faire l’amour à Lesley se situe directement sur la frontière entre le jeu et le réel. Nous percevons aussi cet effet lorsque Riggan se donne la mort la première fois ou lorsque Mike se fâche lors d’une générale. Dans le feu de l’action, nous nous perdons dans le jeu et questionnons la réalité, une fois de plus.

    D’ailleurs, le personnage joué par Riggan dans la pièce me semble être influencé par ce que vit l’acteur lui-même (Ou bien, est-ce l’inverse?). D’un cas ou dans l’autre, le rapport qu’a le personnage avec l’amour et la mort représente bien la fatalité de la recherche incessante d’amour que vit Riggan en tant que personne.

    Comme la pièce qui se termine par un coup de fusil, la vie de Riggan se termine par un saut dans le vide, permettant ainsi à Riggan de se libérer d’une réalité trop cruelle pour l’oiseau qui l’habite.

    Dans le monde du cinéma et du théâtre, la vérité se lie à la fiction. L’ignorance est une vertu qui permet de laisser vivre en paix ceux qui réussissent à ignorer la complexité de la réalité qui nous entoure.

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    1. Wow! C'est tellement bon! Moi, personnellement, je donnerais A+ à cette personne.

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  13. La crise existentielle mentionnée par plusieurs me semble être moquée par "Birdman", comme l'a mentionné brièvement Alicia. Ce ton dramatique, qui au début nous interpelle sur notre propre importance, semble finalement nous narguer plus le film avance. L'exemple du papier de toilette amené par la fille de Riggan fait directement référence à cela. À travers des milliers d'années d'existence humaine, il devient idiot de nous donner autant d'importance. Pourtant, nous n'avons pas vraiment le choix, puisque nous n'avons qu'une seule perspective sur ce qui nous entoure. Il est donc normal que nous ayons l'impression que le monde tourne autour de nous. Ce que plusieurs oublient, c'est que les autres vivent exactement la même chose. C'est le cas de Riggan, qui perçoit chaque regard comme étant braqué sur lui, un peu comme des caméras. La complexité des êtres derrière ces regards l'échappe. Le film"Birdman" vient donc nous piquer en nous exposant un personnage auquel on s'identifie, puis en venant dédramatiser complètement la crise existentielle qu'il vit.

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    1. En fait, ton observation marque en gras l'ambivalence du regard du metteur en scène et la liberté qu'il donne au spectateur, malgré son travail de direction extrêmement abouti. Dans un cadre cinématographique, c'est très rare.

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  15. Le début du film a été difficile à cerner pour moi. En effet, lorsque le film commence et que Riggan entre en scène (littéralement) pour aller parler à ses acteurs, on ne sait pas trop s’il joue ou s’il est seulement en train de guider ses acteurs sur une ligne directrice. Est-ce que certains d’entre vous l’avaient deviné dès le début ? Ou comme moi avez-vous eu de la difficulté à le cerner ?
    De plus, lorsque Mike arrive sur scène on est tout de suite frappé par son assurance et ce qu’il dégage. Tout de suite il embarque dans son rôle et performe comme jamais. L’air surpris de Riggan ne fait que confirmer le tout. Malgré tout et surtout malgré le fait que l’on sait que les acteurs du film jouent également dans une pièce de théâtre, ils réussissent tout de même à nous bluffer à l’occasion. Par exemple, lorsqu’ils font la pièce pour la première fois Mike met réellement de l’alcool dans son verre. Lorsque Riggan s’en rend compte, il décide de remplacer la boisson par un breuvage non alcoolisé. Très vite Mike va s’en rendre compte et va se fâcher puis se lever pour confronter Riggan. C’est alors que nous, en tant que spectateurs, sommes dépourvus de tous repères. On ne sait alors plus si Mike est dans son personnage ou s’il est réellement en colère.

    Ce qui m’amène à dire qu’il est difficile de différencier le vrai du faux dans Birdman et je ne sais pas ce que vous en pensez, mais je trouve que c’est ce qui rend le film fascinant puisqu’il travaille notre esprit et nous amène à réfléchir constamment.

    Finalement, je tiens à souligner un endroit qui m’a particulièrement frappé dans le film et c'est quand Mike dit qu’il est 100% vrai sur scène et que dans la vraie vie, il est faux et joue une game. J’ai senti chez le personnage une grande sensibilité et une sincérité profonde. Car au fond, Mike n’a l’air heureux que sur scène. Et si justement, il n’arrivait plus à être lui-même en vrai ? Et s’il ne se connaissait plus ? Est-ce la réalité de tous les acteurs ?

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  16. Ce qui m’a le plus interpellé dans la projection Birdman, c’est la similarité entre le monde du show-business actuel et celui représenté dans le film. En effet, l’envers des merveilles de l’univers artistique est présenté, c’est-à-dire qu’à priori, le monde cinématographique – et tous les domaines connexes – est considéré comme étant le métier de rêve et même que certains diront « une job de lâche », mais bien au contraire, derrière ces allures de conte de fées, se cache un univers impitoyable.
    Contrairement aux autres films où sont présentés des stéréotypes perfectionnés, Birdman montre l’être humain dans toute son imperfection. Là est le but de son œuvre, car dans la réalité, les acteurs vieillissants se voient écartés des projecteurs et c’est un des sujets que le producteur tente d’exploiter : la situation des acteurs plus âgés.
    Dans un univers où les imperfections sont considérées comme des marques de faiblesses, Birdman profite de cette « infirmité » pour accentuer la défaite et le sentiment d’impuissance vis-à-vis ce qu’il ne peut changer. D’ailleurs, un moment du film qui représente bien mon affirmation, c’est la scène où Michael se retrouve en caleçon à l’extérieur. Pour ma part, cet évènement est présent pour effectuer une métaphore avec la mise à nu de son âme. Tout au long de la projection, on le représente comme un homme en continuelle quête de gloire et où le vieillissement est une béquille à sa carrière, car sa popularité n’est plus à son apogée. Malgré sa lutte continuelle, il prendra bien vite conscience qu’il ne peut se battre contre le temps, et c’est pour cela que je vois cet épisode comme un signe de sa vulnérabilité.
    Pour résumer, je dirais que le fait de le voir trébucher devant toutes les embûches qui lui sont imposées - et quasi-nu – effectue un parallèle avec la situation de vie de tous les « vieux « acteurs.

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